PAROLES DE BOUN' FEMMES
Pour changer, parlons aujourd’hui un peu de ces Dames, qui ont aussi fait notre Histoire. Je leur accorde volontiers ce titre presque nobiliaire, (en effet ce n’est qu’au XIXème siècle seulement, que « Madame » devient le masculin de « Monsieur », c’était à l’origine celui de « Monseigneur », « seigneur » étant le titre le plus basique de la Noblesse ) dans le sens où leur courage pour ne pas dire leur témérité, leur eut valu si elles fussent hommes en une autre époque un adoubement sur le champ de bataille. Hélas, Napoléon le très misogyne est passé dans l’Histoire entre temps et à enfermé, avec l’aide du deuxième consul Jean-Jacques de Cambacérès les femmes de quelque rang social qu’elles fussent sous l’autorité masculine, qu’elle fut d’un père, d’un frère ou d’un époux… (L’incapacité juridique ne fut abrogée qu’en 1938 et la fin de la notion juridique de chef de famille -obéissance et droit de travailler entre autres- date de 1970 seulement), ce qui rend fort ironique sa réplique à Mme de Charrette lorsqu’elle lui est présentée à un bal d’Empire au bras de son nouvel époux « Madame, quand on porte le nom d’un héros, on le garde », encore eut-il fallut le pouvoir sans tout perdre.
Nous allons donc voir ci-dessous que n’en déplaise à Sa Majesté l’Empereur des Français, le courage et le panache n’étaient en rien l’apanage des hommes, même si ce sont (presque) les seuls dont il a daigné se souvenir.
Aujourd’hui une de mes préférées, que l’Histoire retient sous le nom de Céleste Bulkeley.
Née à Angers le 14 mai 1759 Céleste Julie Michèle Talour de la Cartrie de la Villenière. Elle est la huitième des quatorze enfants de Guy Barthélémy TALOUR et de Jeanne OLLIVIER. Son père Guy-Barthélémy TALOUR de La CARTERIE seigneur de la Carterie (Bécon 49) est secrétaire du roi et auditeur de la chambre des comptes de Bretagne. (Source : généanet.org).
Elle épouse en premières noces le 31 mai
1779 le poitevin Louis Henri Marie
CHAPPOT, chevalier, seigneur de la Brossardière (né à St-André
d’Ornay le 2 mars 1753, décédé le 26
avril 1785) à La Pouëze (49) dont elle aura une fille Aminthe. (Source
famillesdevendée.fr). Armes de la famille Chappot qui se lisent héraldiquement :
« De sable triplement chevronné d’argent et accompagné en chef d’une étoile d’or au franc canton, d’un croissant d’argent à sénestre et d’une hermine en pointe ».
En secondes noce elle épouse à Saint-André d’Ornay le 20 novembre 1786 celui qui lui donnera son nom de célébrité Vendéenne William Bulkeley, sous-lieutenant au régiment de Walsh, né en 1766, décédé le 20 janvier 1794, fils de Jacques BULKELEY et de Marie KENT BUTLER.
Uniforme et drapeau du 95ieme régiment
d’infanterie Irlandais de Walsh
Les époux Bulkeley, chacun à la tête de leur unité, combattent dans un premier temps près de leur Logis de la Brossardière, ils sont présents lors de la victoire vendéenne de La Roche-sur-Yon le 23 octobre 1793 où dans un premier temps Céleste se contentera de garder les prisonniers, puis ira au feu à la tête de ses hommes qui la surnommeront « LA Bulkeley » en hommage son courage. Ils rejoindront ensuite l’armée du général Jean-Baptiste Joly aux Sables.
« Enfin les voilà ceux de La Roche, ce n’est pas trop tôt, marmonna mon général […] Les cavaliers avançant je commençais à écarquiller les yeux ; il n’y avait pas à se tromper : « Général, mais … il y a une femme. » « Eh oui, il y a une femme, et même une belle femme » me répondit-il.
Une femme à cheval premier choc. […] La belle dame était vêtue d’une veste très cintrée et d’une ample jupe, un chapeau sur lequel était noué un voile de mousseline blanc flottait à l’arrière. Elle n’était pas à califourchon sur la selle, car ses deux jambes se trouvaient du même coté gauche […] ce type de selle dit à l’amazone […]
Second choc, cette femme était armée. Elle portait un baudrier en écharpe, qui, à la ceinture recevait un sabre dans son fourreau. Un pistolet était engagé dans le tissu de coton blanc enroulé autour de la veste et de la jupe. […]
Une femme à cheval, une femme prête à se battre comme un soldat et par-dessus le marché une femme chef de guerre. » (Source : « Les Écrits de Louis Perrocheau, Insurgé Vendéen » de Pierre Thibaudeau).UNE FEMME CHEF DE GUERRE

Plus tard les Bulkeley quitteront Joly pour rejoindre Charrette auprès duquel ils combattront avant de le quitter, dit-on par prudence de Mr Bulkeley qui aurait souhaité éloigner son épouse du trop entreprenant Chevalier. Ils rejoignent alors La Rochejaquelein et le suivent dans la Virée de Galerne.
Ils seront faits prisonniers au Loroux-Bottereau le 24 décembre 1793 et menés à Angers où ils sont condamnés à mort. William Bulkeley est guillotiné le 2 janvier 1794. Aminthe meurt du typhus lors de son emprisonnement. Céleste échappe à la guillotine car elle est enceinte. Elle accouchera d’un enfant mort-né. Voilà l’origine de la poignante réplique « mais vous savez bien que, de famille, je n’en ai plus » où l’on se demande l’intérêt de cet accent anglais. Libérée à la fin de la terreur, elle rejoint alors Charette auprès duquel elle restera jusqu’à sa capture ou presque. Elle ne rendra les armes qu’après l’exécution du Chevalier le 29 mars 1796.
Elle se remariera à La Roche-sur-Yon le 3ème jour complémentaire de l’an V (soit le 19 septembre 1797), avec Jean-Jacques THOREAU TOUCHARDIÈRE, né en 1769, décédé à St-André d’Ornay le 3 août 1798, puis à Rezé le 19 nivôse an XI, avec Jean-Baptiste PISSERE, né à Givry (71) le 7 novembre 1769.
Elle est décédée au château de la Brossardière, à la Roche-sur-Yon, le 13 mars 1832, à l'âge de 73 ans.
Château de la Brossardière, construit au XIXème siècle.
Le 28/05/2016. Constance MADELAINE